Comment la posture de yoga nous libère-t-elle ?

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La posture, āsana, constitue un des huit piliers du yoga, une étape qui conduit vers l’état méditatif et le samādhi (état de félicité, de conscience pure).

Sur le plan physique, āsana vient libérer notre corps de toutes ses tensions (les articulations vont retrouver leur mobilité, les tensions musculaires se dénouer…).

Mais la prise de posture nous apporte bien plus : une véritable autonomie intérieure.

En effet, en yoga, il nous revient de trouver la position dans laquelle nous nous sentons bien. La bonne posture est stable et confortable : Sthira Sukham Asanam. Nous essayons d’aller aussi loin que possible sans créer de tensions, dans le respect de notre corps, puis de nous installer dans notre espace intérieur, ici et maintenant, en lâchant prise.

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La proposition du professeur (hors consignes de sécurité) ne nous conviendra peut-être pas, nous devons pouvoir le sentir et dénouer la posture ou réorienter la pratique (vers un autre degré de posture, par exemple). Sur le tapis de yoga, nous sommes acteurs : c’est à nous d’essayer, de ressentir, d’ajuster, de décider. Nous dialoguons avec notre corps pour réaliser la posture ou nous en approcher selon nos capacités et besoins du moment. Cela laisse une grande liberté. Comme disait Krishnamacharyra, ce n’est pas la personne qui doit s’adapter au yoga mais le yoga qui doit s’ajuster à la personne.

La posture nous libère aussi de l’égo et du regard des autres. La belle posture est intérieure et nous appartient complètement. Nous ne sommes en yoga ni dans l’imitation d’un modèle, ni dans la compétition ; nous n’avons rien à prouver.

Ainsi, dans Adho Mukha Svanasana (la posture du chien tête en bas) par exemple, il ne nous sera peut-être pas possible de tendre les jambes en maintenant le dos droit. Nous pouvons alors mettre notre égo de côté et garder les jambes légèrement fléchies, l’important est d’adapter la posture à nos possibilités actuelles. Ces dernières pourront d’ailleurs évoluer grâce à un effort juste qui nous conduira à progresser.

La posture de Shavasana aide particulièrement à trouver l’autonomie, en nous apprenant à accepter. Tout d’abord, nous devons accepter de nous abandonner au sol, de nous laisser aller à nos sensations. La posture nous amène ensuite à accepter de lâcher prise, pour être totalement disponible à ce qui est. Nous acceptons ainsi l’instant présent, sans analyser, sans juger, sans réagir instantanément (quitte à trouver ensuite les moyens de changer ce qui peut l’être). Comme le dit Arnaud Desjardins : « On est libre de ce qu’on accepte et on est prisonnier de ce que l’on refuse. Si j’accepte que ce qui est, soit, d’instant en instant, je commence à être. Au lieu d’être emporté, je deviens peu à peu le témoin immuable, non affecté, neutre, qui ne prend pas parti ».

Finalement, chaque posture va nous permettre de ressentir de plus en plus finement notre corps, de nous reconnecter avec nous-même, avec notre être profond.

Le yoga permet alors un travail de connaissance de soi. Or, comme disait Victor Hugo, la liberté ne commence-t-elle pas où l’ignorance finit ? 

Hoëla

Yoga et préservation de la nature

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On assiste aujourd’hui à une extinction des espèces à un niveau sans précédent et qui s’accélère. Le déclin de la biodiversité est dû, en France comme ailleurs dans le monde, à un grand nombre de pressions principalement la destruction et la fragmentation des habitats, la surexploitation des ressources, les pollutions, les espèces exotiques envahissantes et le changement climatique.

Le constant est clair. Alors, pourquoi avons-nous tant de mal, individuellement et collectivement, à réagir à la perte de la biodiversité ? Enseigner la conscience semble plus que jamais nécessaire. Mais n’est-ce pas un des rôles du professeur de yoga ?

 La civilisation occidentale a opéré une distinction forte entre l’Homme et la Nature. L’homme est maître et possesseur de la nature, selon Descartes, et cette pensée moderne a amené l’homme à exploiter la nature. De plus, une grande partie de l’humanité vit dans des environnements urbains, ce qui accentue encore cette déconnexion avec la nature.

L’homme n’a alors plus conscience qu’il est intimement lié à la biodiversité, et que son mode de vie dépend du bon fonctionnement des écosystèmes. Moins l’homme «expérimente » la nature de façon personnelle, moins il pense que ses liens avec elle sont importants pour lui, et moins il lutte pour sa préservation. Beaucoup de personnes ont du mal à saisir les conséquences à long terme du déclin de la biodiversité.

Sébastien Bohler, docteur en neuroscience, met en cause le cerveau humain (striatum) qui est programmé pour notre survie et privilégie ainsi la satisfaction immédiate et la surconsommation au dépend du bien commun. Mais il montre que ce fonctionnement peut être contré en favorisant la conscience et l’altruisme. Il paraît dès lors essentiel de former autrement à la biodiversité pour dépasser nos biais cognitifs, nos croyances, et se relier à la nature.

Fabienne Kazalis et Sylvie Granon, chercheuses en neurobiologie, ont ainsi montré l’intérêt de formation, qui outre la connaissance, mettraient l’accent sur la conscience, les émotions, les pratiques. Intégrer la biodiversité implique un changement de paradigme : apprendre à se réconcilier avec le vivant, à faire avec lui, là où l’on nous a appris que la prospérité et le développement économique se font sans la diversité de la nature. Car, d’après Einstein : on ne peut pas régler le problème avec l’état d’esprit qui l’a créé.

Opérer un changement de conscience grâce au yoga

Le yoga apparaît alors comme un outil précieux pour opérer un changement de conscience et se reconnecter à la nature. La philosophie indienne diffère de la pensée rationnelle occidentale isolant le sujet de son environnement. Le Soi n’est pas pensé comme séparé du vivant, mais relié à lui par le prâna, l’énergie vitale. Le Vedânta indique que le but de la méditation (et donc du yoga traditionnel) est l’absorption dans un état d’être inconditionné d’unité avec le monde et avec tous les êtres qui vivent autour de nous.

Dans les Yoga Sutras de Patanjali, le yoga est défini comme « l’arrêt de l’activité automatique du mental ». C’est « un chemin qui permet d’atteindre un état de paix intérieure, qui vise à se relier à son être profond, à son Soi. En se libérant des automatismes, le yoga nous révèle notre capacité d’être ». Le travail du yoga consiste à se désidentifier de l’ego, c’est-à-dire de l’agglomérat de pensées, de souvenirs, d’éducation…accumulés en nous et qui recouvrent petit à petit notre conscience.

Selon l’auteur Eckhart Tolle dans son livre « Le pouvoir du moment présent », l’identification au mental crée un écran opaque de concepts, d’étiquettes, de jugements, de définitions… qui empêche toute vraie relation. Cet écran s’interpose entre nous et nous-même mais aussi entre nous et la nature.

Purifier les « vasana »

L’ego est aussi à l’origine de tendances profondes appelées « vāsana ». Qu’est-ce que « vasana » ? Ce sont toutes les formes d’actions égoïstes, de cupidité, d’attachement matériel.

Le chemin spirituel du yoga permet de purifier les vāsana grâce à la réorganisation consciente de nos pensées et de nos actions, au respect de principes et de valeurs nobles, à une attitude différente dans l’action, moins égoïste. La pratique du yoga traditionnel peut donc aider à changer notre façon de penser et d’agir dans une voie plus altruiste. Un des fondements essentiels du yoga traditionnel est de cultiver ahimsa la non-violence et le souci de ne nuire à personne (s’inscrivant dans les Yamas du yoga sutra de Patanjali).

Tara Michael dans son ouvrage sur le Yoga rappelle que cette discipline de non-violence est la principale de toute et suppose comme attitude sous-jacente la reconnaissance de l’unité de toute vie, et la présence cachée du Soi dans tous les êtres. Elle mentionne également que le vœu d’ahimsa ne réside pas vraiment dans l’application littérale de ce précepte (impossible d’exister sans détruire, la vie étant partout, même dans les végétaux) mais plutôt d’éliminer de ses actes et de ses pensées toute motivation agressive et toute indifférence à l’égard des êtres créés de toute espèces. Ahimsa conduit au respect de la biodiversité. Le professeur de yoga aide donc à prendre conscience, conscience de soi et de la vie.

Pour Pierre Rabhi, « la conscience, est probablement ce lieu intime où chaque être humain peut en toute liberté prendre la mesure de sa responsabilité à l’égard de la vie ». Le yoga développe la concentration, l’attention, l’autonomie, la prise de recul face aux évènements, l’action « juste ». Il enseigne donc des « savoirs êtres » nécessaires au développement d’une éthique environnementale et d’une société plus écologique et humaine, respectueuse de la diversité et de la biodiversité.

Hoëla